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LE    DEVOIR

Édition du 8 et 9 septembre 2007

 

Jantzi et l’investissement socialement responsable

 

Pour plusieurs investisseurs, l’investissement socialement responsable consiste uniquement à éliminer les entreprises polluantes ou celles qui fabriquent des biens dans des pays en voie de développement avec une main d’œuvre honteusement sous-payée. Certains pensent même que les entreprises associées à l’alcool sont mis de côté : comment pourrais-je imaginer ma vie sans mon petit verre de vin occasionnel… La firme Jantzi Research Inc, fondée en 1992 par Michael Jantzi, nous propose une approche beaucoup moins puritaine pour accéder à ce type d’investissement.

 

D’ailleurs, un nombre impressionnant de familles de fonds se basent sur la recherche et le suivi effectués par Jantzi dans la sélection des titres composant leurs fonds éthiques. C’est le cas notamment de la famille de fonds RBC qui a lancé, au mois de juillet dernier, une série de trois fonds éthiques. Meritas a également recours à Jantzi de même que iShares, une firme spécialisée dans les fonds transigés en bourse. Des fonds de pension, des conseillers financiers et des institutions religieuses font aussi confiance à l’expertise de Jantzi.

 

Jantzi a notamment innové en lançant, le 1er janvier 2000, le JSI ou Jantzi Social Index (Indice Jantzi Social), un indice reflétant la performance de 60 titres répondant à une panoplie de critères social et environnemental. On ne retrouve pas dans cet indice des entreprises reliées au tabac, à l’armement et à l’énergie nucléaire.  

 

Le JSI comporte une répartition sectorielle neutre par rapport à l’indice S&P/TSX 60 : tous les secteurs sont représentés. L’approche appelée « best of sector » fait en sorte que les meilleurs titres du point de vue social et environnemental sont sélectionnés pour chacun des secteurs. Cette façon de faire évite que l’indice se retrouve fortement sous-pondéré dans des secteurs plus sensibles en ce qui concerne l’environnement, par exemple l’énergie et les ressources naturelles.

 

En incluant tous les secteurs, on contribue à la mise en place d’un environnement de compétition qui mène à une amélioration des pratiques de l’ensemble des entreprises. C’est ainsi qu’une entreprise du secteur pétrolier, entre autres, peut espérer voir ses efforts en matière environnementale récompensés, et ce, grâce à l’inclusion dans l’indice. Les exclus du même secteur devront quant à eux faire un effort supplémentaire pour éventuellement faire partie de la liste. Une exclusion systématique de toutes les entreprises pétrolières ne permettrait évidemment pas la création d’un tel contexte sain de compétition.

 

Selon Michael Jantzi, l’investissement éthique visait, à ses balbutiements, à relever uniquement les mauvaises entreprises, soit celles qui adoptaient des pratiques déplorables. Une société qui polluait beaucoup était automatiquement exclue. Mais il soutient que l’investissement socialement responsable fait maintenant l’objet d’une approche d’évaluation des entreprises beaucoup plus complète. Le tout consiste à sélectionner les meilleures sociétés d’un secteur, et, comme il le pense : « Les sociétés minières, pétrolières ou gazières ne sont pas mauvaises. Nous comprenons qu’elles nuisent à l’environnement en raison de la nature de leurs activités. Cela dit, il nous apparaît évident, grâce à notre cadre d’analyse et à nos recherches, que certaines sociétés comprennent les défis auxquels elles sont confrontées et qu’elles s’occupent mieux de ces questions que d’autres entreprises comparables. Nous ne cherchons pas la perfection, mais bien à séparer le bon grain de l’ivraie dans un secteur particulier. L’investissement socialement responsable est une forme beaucoup plus évoluée et complexe de l’investissement éthique tel qu’il existait lorsque j’ai commencé à m’y intéresser il y a 15 ou 16 ans. » 

 

Les rendements

 

Le lancement de l’indice JSI permet également aux investisseurs d’avoir une référence appropriée quant au potentiel de rendement du placement responsable au Canada. Un coup d’œil sur les rendements de cet indice indique que cette façon d’investir est loin de constituer un obstacle aux rendements. Depuis sa création le 1er janvier 2000, le rendement annualisé de l’indice est de 9,04 % contre 8,68 % pour le S&P/TSX et 8,31 % pour le S&P/TSX 60. Sur 5 ans, la différence est encore plus marquée : 19,34 % pour le JSI contre 18,35 % pour le S&P/TSX et 18,90 % pour le S&P/TSX 60. Sur trois ans, le JSI obtient cependant des résultats un peu inférieurs à ceux des deux autres indices tandis qu’il fait mieux sur un an. Notez que ces rendements sont disponibles au www.jantzisocialindex.com.

 

Ces résultats vont dans le même sens que le constat qui est généralement fait à propos de l’investissement socialement responsable : cette façon d’investir ne constitue nullement un obstacle au chapitre des rendements. Elle peut même, comme le montre l’indice JSI, contribuer à l’obtention de rendements supérieurs à long terme.

 

Notons que les titres composant l’indice JSI sont appelés à changer au fil du temps selon l’amélioration ou la dégradation des pratiques sociales et environnementales des entreprises. Par exemple, le titre de Talisman Energy, une entreprise pétrolière de Calgary, a été inclus dans l’indice au mois d’avril dernier.

 

Talisman Energy était jusque là exclu en raison de la controverse associée à ses opérations au Soudan. Différents groupes tel qu’Amnistie internationale estimait que l’entreprise était complice de violation des droits humains lorsqu’elle fonctionnait sur ce territoire. L’entreprise a toutefois cessé ses opérations au Soudan en 2003 et a amélioré ses pratiques quant aux droits humains. Selon Jantzi, le fait que l’entreprise n’ait pas d’activités dans les sables bitumineux de l’Alberta est un élément positif additionnel. Parmi les autres aspects positifs notables, Jantzi souligne l’investissement de l’entreprise dans l’énergie renouvelable et sa forte performance du côté de l’environnement, de l’engagement social et de la gouvernance.

 

Michel Marcoux

Président, Avantages services financiers                                                                                                                     

 

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Prenez note que la chronique hebdomadaire sur les fonds paraît chaque semaine dans le journal Le Devoir.

 

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